_ " Gwendoline ! "
Quatre consonnes et six voyelles. Le prénom lui échappa des lèvres. Sans le savoir, elle venait de prononcer le mot catastrophe. Faute d'un trop jeune âge, elle faisait là sa première erreur dans sa carrière de maman. Et sans doute, la dernière. Quelle anormalité pouvais-je bien posséder pour lui avoir inspiré ces quelques syllabes ? J'avais hérité des bouclettes de ma mère et du caractère tordu de mon père.Le sablier commençait à peine à s'écouler que déjà s'inscrivait cette différence autour de mon poignet. Sur la liste des registres, j'étais la dernière. Page 30, un peu écrasée par le précédent, et casée au bas d'un coin cornée; il me restait peu d'espace pour m'imposer. Tandis que Septembre approchait à toute allure, Août de terminait par mon nom. C'est ainsi qu'à commencé mon premier automne. Puis seize printemps se sont enchaînés. J'ai traîné ces dix petites lettres derrière moi. Un peu comme certains traînent leurs souvenirs. Bons ou mauvais. On avance avec, on trébuche, puis on leur marche dessus. On les piétine à coups de pourquoi et de comment .Sans vraiment comprendre. Puis on affronte une bonne pluie. Les lettres sont lessivées, et l'être qu'elles désignent aussi. C'est ici que se forme un caractère bien trempé. Il s'appuie principalement sur les choses que je déteste et donne vie à des passions. La plus libératrice de toutes est certainement l'écriture. La plus belles qu'il soit, la musique. Les plus émouvantes, celles de la lecture et du cinéma. Et enfin, la plus instantanée, la photographie. Parsemées de vieilleries. Le tout tapissé de vert. Une part d'espérance dans ce monde de brutes. Une part d'originalité venue tâcher la toile. Peu importe. Puis, comme toute personne, je rêve. Peut-être un peu trop. Ce gosse, tête levée vers les étoiles, et bouche ouverte, impatient de grandir, pour un jour enfin pouvoir les décrocher ... Assis là, perdu dans un champ de blé, à regarder les saisons défiler ... Ce gosse c'est moi. A un détail près. Le sourire jusqu'aux oreilles, pensant que le mot liberté peut s'écrire partout. Même dans le vide. Les yeux pleins d'artifices, en équilibre sur quelques bulles.
Je m'intitule Gwendoline. Je prends la vie comme elle vient. Au jour le jour. Je saisis les moments dans leur envol comme des papillons. Ceux qu'on aimerait rendre éternels ... Ainsi, se dessine une route en suspension. Tordue et cabossée, capable de colorer de banals nuages gris
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